Priorités de la COP28 : sont-elles en phase avec les aspirations des jeunes ?
Sortir des énergies fossiles, réduire les émissions de CO₂, apporter une aide financière aux pays les plus vulnérables… Les négociations menées lors de la 28e édition de la grande conférence annuelle des Nations unies sur le climat (COP28), qui s’est tenue à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre, répondent-elles aux préoccupations et aux aspirations de la jeune génération ?
En 2023, la Terre est confrontée à une série de crises climatiques : des températures record en forte hausse, des sécheresses sévères et une fonte accélérée des glaces. Ces manifestations incontestables du réchauffement climatique sont alimentées par l’augmentation incessante des gaz à effet de serre dans l’atmosphère ; elles ne constituent pas seulement des menaces imminentes, mais aussi des conséquences tangibles et désastreuses qui se font déjà sentir.
Face à ces réalités pressantes, la communauté internationale se réunit chaque année à l’occasion de la COP (Conférence des Parties), rassemblant des délégations du monde entier afin de débattre de l’avenir du climat et de mettre en œuvre des mesures concrètes. La COP 28, présidée cette année par Sultan Al-Jaber, revêt une importance capitale pour évaluer la situation et mettre en place de nouvelles initiatives en faveur du climat.
Dans ce contexte, une question cruciale se pose : l'orientation de la COP 28 tient-elle compte des préoccupations des jeunes, qui subiront directement les conséquences de ces décisions et seront en première ligne face aux défis à venir ?
Lancée en 2022,la consultation «Youth Talks »– la plus grande consultation de jeunes jamais organisée à ce jour – a rassemblé plus de 45 000 jeunes âgés de 15 à 29 ans afin qu’ils expriment leurs visions et leurs aspirations pour l’avenir. Menée sous l’égide dela fondation « Higher Education for Good »,cette enquête explore les points de vue de la jeune génération, consciente de l’ampleur des défis climatiques qui l’attendent dans les années à venir.
Voyons cela plus en détail.
Les résultats de l'enquête montrent sans conteste que l'environnement est la principale préoccupation des jeunes lorsqu'on leur demande : « Quand je pense à l'avenir, ce qui m'inquiète… à propos du monde ». Une révélation surprenante mise en évidence par 40 % des jeunes du monde entier. Les guerres et les conflits, suivis des problèmes économiques, occupent respectivement la deuxième et la troisième place, avec des pourcentages de 22 % et 17 %.
À l'échelle mondiale, l'environnement apparaît comme une préoccupation majeure pour l'avenir de la planète. À l'exception de l'Afrique du Nord et de l'Asie occidentale, où l'urgence des guerres et des conflits fait passer au second plan les inquiétudes environnementales.
Il convient notamment de noter que les jeunes d'Europe occidentale se montrent profondément préoccupés par l'avenir de la planète en matière d'environnement, 63 % d'entre eux, un chiffre alarmant, exprimant leur inquiétude.
L'aspect le plus préoccupant pour les jeunes du monde entier en matière d'environnement est le réchauffement climatique et ses répercussions sur la planète, avec 21 % des réponses. Face à une série d'impacts alarmants, les jeunes redoutent des scénarios tels qu’« une extinction massive de la population humaine liée à un cataclysme naturel ou à une épidémie », « une planète de moins en moins habitable et de plus en plus stérile » et «une planète polluée et un monde marqué par des inégalités sociales de plus en plus marquées ».
Ces inquiétudes portent notamment sur les catastrophes environnementales qui touchent les communautés et les écosystèmes les plus marginalisés. L’incertitude grandissante liée au changement climatique pèse lourdement sur l’avenir. De plus, les craintes d’ une « extinction de la biodiversité » et le spectre menaçant d’ un « effondrement imminent des écosystèmes », ainsi que les appréhensions concernant la sécurité alimentaire durable à long terme, sont source de profonde inquiétude pour les jeunes.
Leur mécontentement porte également sur l'inaction politique et le manque d'attention accordée aux questions liées au climat, ce qui aggrave la crise écologique.
Les jeunes expriment clairement leurs inquiétudes face à ces défis majeurs, soulignant la nécessité d'efforts immédiats et concertés pour préserver l'avenir de la planète. À la question « Quels enjeux collectifs devons-nous relever pour façonner l'avenir auquel j'aspire ? », les préoccupations environnementales apparaissent comme la principale priorité pour 4 jeunes sur 10 dans le monde.
Ils considèrent « le réchauffement climatique comme la plus grande menace pour notre avenir… » et plaident avec ferveur en faveur de mesures immédiates et concrètes visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à atténuer le changement climatique.
Les objectifs de l’Accord de Paris sont menacés, mais les jeunes sont prêts à agir
L'objectif central de la COP28 reste primordial : procéder au premier bilan mondial des engagements pris par les nations lors de la COP21 de Paris en 2015. Pour rappel, dans le cadre de l'Accord de Paris, tous les pays se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, à viser la neutralité carbone d'ici 2050 et à s'efforcer de limiter le réchauffement climatique moyen à 2 °C (de préférence 1,5 °C) d'ici la fin du siècle. Il est désormais impératif d'évaluer les progrès accomplis et de tracer une nouvelle voie pour l'action climatique.
Cette tâche s'avère toutefois être un défi complexe. Début septembre, l'ONU a publié une évaluation technique concernant la mise en œuvre de l'Accord de Paris, indiquant que « les émissions mondiales ne suivent pas des trajectoires de réduction (…) compatibles avec l'objectif de température de l'Accord de Paris ».
Les estimations du groupe de recherche « Climate Action Tracker » vont dans le sens de ces préoccupations : si l'on tient compte des mesures concrètes adoptées par les parties à l'Accord de Paris pour respecter leurs engagements, le réchauffement climatique pourrait potentiellement atteindre 2,7 °C d'ici la fin du siècle.
D’après les conclusions de l’enquête « Youth Talks », les jeunes sont pleinement conscients de l’urgence climatique et sont disposés à prendre des mesures radicales en modifiant leurs comportements et leurs modes de vie. Leur principale volonté de sacrifice, qui concerne 28 % des jeunes à l’échelle mondiale et atteint 61 % en Europe occidentale, porte sur leur consommation de biens matériels.
Les sacrifices qu'ils sont prêts à faire varient selon les régions. On constate notamment que le renoncement à la consommation matérielle arrive en tête dans les pays industrialisés, tandis que dans les pays en développement, ce sont les aspects moraux (tels que la paresse) ou les ressources personnelles (comme le temps) qui constituent les choix privilégiés en matière de sacrifice.
En choisissant de réduire leur consommation matérielle, les jeunes expriment leur volonté de limiter leur consommation d’aliments industriels et de viande, de diminuer leur dépendance vis-à-vis des véhicules polluants, de réduire au minimum les déplacements non essentiels, de réduire la production de déchets plastiques et de remettre en question la « fast fashion » ainsi que les pratiques de surconsommation.
Les jeunes se disent prêts à modifier leur comportement pour renoncer à « tout ce qui est jugé nécessaire pour mettre fin aux émissions de carbone » et à « tout type d'objet ou de comportement nuisible à la planète ou à autrui ».
Un autre aspect du renoncement envisagé par les jeunes concerne leur mode de vie et leurs activités (24 % en moyenne à l'échelle mondiale). Ils évoquent souvent le fait de sortir de leur zone de confort, de renoncer aux voyages (notamment en avion), à l'utilisation d'Internet et des réseaux sociaux, ainsi qu'au luxe.
Renoncez aux énergies fossiles pour préserver la planète
L'une des questions prioritaires abordées lors de ces négociations concerne l'abandon progressif des combustibles fossiles, afin de favoriser la transition vers des sources d'énergie propres et durables.
Les négociations, qui n'avaient pas abouti lors de la COP précédente, se heurtent à des obstacles liés aux intérêts particuliers des pays producteurs de combustibles fossiles, qui constituent souvent des freins. Les enjeux économiques et politiques complexes qui sont en jeu rendent difficile la recherche d'un consensus mondial unanime.
Au cœur du débat se trouvent les combustibles fossiles, qui représentent près de 80 % de la production énergétique mondiale, comme le souligne l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Principalement utilisées pour la production d’électricité et comme carburants, ces sources d’énergie contribuent de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre, accélérant ainsi le changement climatique. Malheureusement, leur attrait réside dans leur prix abordable, leur facilité d’utilisation et leur contribution à un progrès économique rapide.
Youth Talks aborde également le thème de la production énergétique, notamment lorsque les jeunes ont fait part de leurs opinions sur les enjeux que nous devons relever ensemble pour construire l'avenir auquel ils aspirent.
Les réponses abordent également la question de la production d'énergie, un thème récurrent dans différentes régions du monde. Cette tendance est particulièrement observable en Europe, en Amérique du Nord et en Asie occidentale.
Les jeunes soulignent l’impératif de la préservation de l’environnement en opérant une transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables, telles que l’énergie solaire et éolienne. «Les enjeux collectifs auxquels nous devons nous attaquer pour construire un avenir pour tous consistent à trouver des moyens d’améliorer notre efficacité énergétique et de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. » « Nous devons cesser d’utiliser des ressources limitées et recourir à des énergies propres afin d’avoir la certitude que nous ne détruisons pas notre planète au fil de nos vies. »
Certaines personnalités, notamment en France, soulignent l'importance de l'énergie nucléaire et de la fusion comme solutions indispensables, malgré leur caractère controversé, et réaffirment ainsi leur détermination à renoncer à tout prix aux énergies fossiles.
Une aide internationale pour plus de justice climatique
Un autre sujet crucial à l’ordre du jour des négociations sur le climat est le « fonds pour les pertes et les dommages », qui concerne essentiellement l’aide financière allouée pour faciliter la reconstruction après des catastrophes liées au climat dans les pays vulnérables. Cette mesure a été adoptée dès le début de la COP 28 et saluée comme une avancée prometteuse visant à atténuer les tensions financières entre les pays du Nord et ceux du Sud.
L'objectif est d'accroître l'aide financière accordée aux pays les moins avancés, qui sont les plus touchés par les effets du changement climatique alors qu'ils ne contribuent que très peu aux émissions de gaz à effet de serre. Reconnaissant leur part de responsabilité dans la crise environnementale mondiale, les pays développés, principaux responsables de ces émissions, admettent leur obligation envers les pays du Sud à travers la notion de « dette climatique » symbolique.
Certains pays ont spontanément manifesté leur solidarité financière. Citons, par exemple, la promesse de contribution de 225 millions d’euros de l’Union européenne et l’engagement de 16 millions d’euros des États-Unis. Cependant, les engagements financiers actuels, qui totalisent moins d’un milliard de dollars, laissent planer des doutes quant à leur capacité à répondre aux besoins urgents. À titre d’exemple, les coûts prévisionnels liés aux pertes et aux dommages dans les pays en développement sont estimés entre 290 et 580 milliards de dollars par an jusqu’en 2030.
Le message consistant à venir en aide aux plus vulnérables et à partager les ressources trouve un écho particulièrement fort auprès des jeunes du monde entier. Interrogés sur leurs aspirations concernant l’avenir de la planète, 23 % des jeunes expriment le souhait de donner la priorité à la protection de l’environnement, qui arrive en deuxième position derrière la paix dans le monde (34 %).
Dans le but de préserver l’environnement, certains jeunes aspirent à militer en faveur des pays défavorisés en insistant sur la nécessité d’accorder « davantage d’attention aux causes négligées ou mal gérées (climat, inégalités, etc.) » et en promouvant une répartition plus équitable des ressources afin de contribuer à une société moins inégalitaire. Ils expriment ainsi leur souhait : « Je veux que la planète soit protégée du réchauffement climatique et je souhaite une forte réduction des inégalités mondiales. »
L'engagement de la jeunesse mondiale en faveur des enjeux cruciaux abordés lors de la COP 28 contraste fortement avec la lenteur des mesures prises par les États, malgré les appels pressants des jeunes en faveur d'un changement rapide.
Youth TalksLes résultatsindiquent clairement que les jeunes ne se préoccupent pas uniquement du changement climatique ; ils ont des idées précieuses qui méritent d’occuper une place centrale dans le débat. Ils nourrissent une ambition profonde de transformer la société, mais leurs contributions passent souvent inaperçues.
Youth Talks constitue une plateforme visant à faire entendre la voix des jeunes du monde entier, à la porter à la connaissance des organisations et des décideurs, afin de mieux répondre à leurs aspirations. Leurs points de vue, recueillis au moyen de questions ouvertes, sont notamment traités à l'aide de technologies telles que l'intelligence artificielle (IA) et le traitement du langage naturel (TLN).

